Effacer nos traces

On se tient les yeux devant des paysages probables, dont la quiétude irradiante et solitaire fait le trait d'union entre tous les grands règnes de la nature.
Ces lieux sont d'introuvables géographies terrestres. Assez abstraites pour qu'on y soit déjà allé. Assez réalistes pour qu'on puisse s'y projeter comme promeneur.
Le point de vue de la peintre semble presque toujours inaccessible, comme s'il avait fallu se priver de corps pour se retrouver là, les yeux libérés de la gravité qui fait pourtant effet sur tous les éléments présents dans la toile. Roches, végétaux, cieux, sols s'agrègent en un tout, sans dire autre chose que leur place évidente dans la matrice du monde. On semble être à l'endroit exact de la naissance et de la mort de tout. Bien qu'on ne puisse s'identifier à aucune figure animale, cette nature-là n'est en rien exclusive, elle nous gobe. Ces paysages aux figures absentes créent la possibilité de se projeter par-delà les limites du tableau, tissent une forêt autour de tout l'espace d'exposition et par conséquence nous contiennent, nous spectateurs.

Nous devenons les sujets (figures) de ces milieux naturels temporaires, c'est à eux qu'on appartient. L'humanité semble n'avoir jamais exploité ces sols féconds, n'avoir jamais usé ces eaux, ne s'être jamais approvisionnée à ces fruitiers géants. 

Ce sont des paradis terrestres desquels nous avons ôté la fonction de paradis, qui sont des séries de reliefs ouverts à l'infini et à l'inconnu. C'est comme si les gens étaient nés ici, avaient travaillé. Et pourtant personne n'est né ici ni n'a travaillé. Ces endroits portent en eux des utopies isolées, ils nous renvoient des échos du fond des âges, dans les deux sens de la ligne du temps, d'un futur si éloigné qu'il serait devenu le passé, tellement longtemps après la disparition de l'humanité qu'on pourrait croire qu'elle va apparaître d'une minute à l'autre. 

Rien n'est figé ici, pas même les immenses rochers (Monument) qui pourraient cacher des fossiles ou des organismes en puissance, ce n'est pas le temps qui semble suspendu, mais plutôt l'espace, dans une danse immobile de pigments.

Les temps modernes portent en eux les mémoires de leurs propres deuils.

On pourrait presque voir les fantômes arpenter ces chemins, car où il y a chemin, il y a civilisation. On se dit devant ces toiles qu'on est invité à la promenade. Une promenade parmi les revenants. Où notre vie doit un instant cesser son bruit, annuler sa présence pour laisser la place à ce qui n'en a plus, ce qu'on a privé d'existence. Et peut-être alors en se confondant avec ces territoires, vivre en excédant les limites de l'existence. C'est une promenade punk, c'est la marche inverse du monde, dans chacun de ces édens païens, on se nourrit de la force et du rayonnement de ces présences insaisissables, on se sédimente avec elles, jusqu'à ce que notre regard se cristallise et passe alors en état de contemplation. C'est aussi la force des formats : un détail dans le grand panorama (Rivage), ou des lieux profonds et immenses contenus dans de plus petits formats (Fantôme). Cela dit beaucoup de la puissance d'univers de la peintre. Son point de vue « à la première personne » nous persuade de la véracité des paysages même les plus fantastiques (Identité remarquable, Détours sinueux, Insomnie) où les rochers sont rouges, la montagne orange, où le vert des arbres ne vibre pas seulement par lui-même, mais par les différents soleils qui le traversent et qui le baignent.

L'œuvre de Jocelyne Clemente est une collection de paysages sans figures, libérés de l'espèce et revenus à la solitude sereine de la terre avant l'homme (ou après). Ce n'est pas une peinture métaphysique, elle ne cherche pas à représenter ce qu'il y a au-delà de l'apparence physique de la réalité, mais bien ce qui vibre en dessous, à l'essence de la réalité, en perçant le voile du monde. C'est une peinture proche de la musique, car elle nous permet d'entendre la mélodie des choses. Devant ces images j'entends le calme initial d'une ère sans industrie, et si un cri devait troubler cette paix discrète, ce serait le cri du silence. Des motifs plastiques se répètent jusqu'à l'obsession dans cette œuvre magique qui semble réformer la forme d'existence des roches et des végétaux, les patterns du chemin, du sentier (Fantôme, Les arbres débutants, Au détour du chemin). Tout ne nous est pas montré ce qui crée un sentiment de mystère serein bien loin de la frustration et de la FOMO (fear of missing out) ultramoderne. Ce sont des chemins qui accompagnent le regard, puis la pensée sans didactisme et sans mystère, qui nous amènent inexorablement vers nous-même. Ces toiles sont des miroirs muets de notre propre existence. Les conditions lumineuses et le climat de ces images sont toujours parfaitement stables, comme si le vent et le courant avaient épargné ces espaces si ouverts qu'ils sont clos (Sun Island). Plus encore, comme si la carte complète de ces territoires n'avait pas encore été générée. Devant ces images je crois, qu'on se sent véritablement chez soi.

L'invention formelle la plus puissante de Jocelyne Clemente, c'est celle qui consiste à effacer nos traces, celles de l'humanité. Sans décimer le vivant.

D'avoir réussi à faire disparaître sur ces lieux qui semblent habités depuis la préhistoire, chaque action de l'homme. Il suffit maintenant de tendre l'oreille aux échos rétroactifs du futur. C'est à l'intérieur de cette terrible, mais nécessaire réalité qu'on rejoint par son œuvre les questions contemporaines d'écocide, d'explosion démographique, de protection de la vie privée. Par son œuvre enfin, on arrive quelque part, à saisir l'espoir de trouver toujours un refuge dans nos paysages intérieurs.

Texte de Marc G.Cannela pour le catalogue de l'exposition #Nature#Solitude au musée de la Vallée de la Creuse, Eguzon Chantôme

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Nature Solitude

Le motif est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c'est ce qu'il y a entre le motif et moi.
(Claude Monet)


Les nuances de la forêt et leurs couleurs inconstantes. Les mutations incessantes des saisons et la fraîcheur de l’air qui circule et garde en son sein l’histoire des sous-bois. Le ruisseau qui suit son chemin permanent et continu, émettant des sons qui bercent la verdure. La roche qui brille reflétant la lumière et sert de refuge permanent à certains reptiles pendant l’été et protège d’autres espèces pendant l’hiver. Le soir qui tombe graduellement systématique et sombre sur la jungle, peu à peu baignée par le clair de lune, substituant la vie diurne par les ténèbres incertaines et le calme de la nuit.

Les artistes confrontés à la nature et plongés dans la solitude communient avec elle. Les artistes sont-ils les seuls à communiquer avec la nature de manière incessante, tirant de ce dialogue un mode d’expression? Ce moment de contemplation du paysage est-il une manière de s’affirmer en tant que partie intégrante du monde? Les artistes sont-ils en quête de réponses à leurs propres questionnements ? Cherchent-ils à se mêler à d'autres univers, à laisser leur empreinte ?

C’est alors que la phrase de Monet « ..ce que je veux reproduire, c'est ce qu'il y a entre le motif et moi » prend tout son sens et nous pousse à réfléchir et à penser qu’entre les les paysages et les artistes qui les regardent, il se passe quelque chose de magique.
Il en est de même pour Jocelyne Clémente, qui traduit dans ses œuvres, en langage visuel, tout ce vécu afin de nous le faire ressentir.

C’est pourquoi, la proposition qui lui est faite, de réaliser une exposition au Musée de la Vallée de la Creuse, dans une région qui fut le décor de tant d’inspirations, semble un grand défi . Cependant elle est en rapport direct avec son œuvre et ses productions de ces dernières années. Avec à son actif, une carrière de plus de 30 ans totalement consacrés à l’art, Jocelyne Clémente se découvre et se déclare comme partie intégrante de cet environnement et réalise ce dialogue avec la vallée des peintres.

Au cours de ses promenades, Jocelyne Clémente s’imprègne de la puissance des éléments. Face à la diversité de l’univers multicolore, elle se dépouille de sa condition humaine et se confronte aux forces de la nature. Il en découle un processus de création où la solitude est propice à une extase visuelle. Ces moments de transe créative, cette relation à la nature, grâce à une grande maîtrise technique, font apparaître à l'atelier des paysages imaginaires.

Dans ses œuvres, Jocelyne Clémente traduit sa solitude, sa mélancolie, ses sentiments, ses questionnements, son histoire et sa perception en expressions visuelles, qui rendent compte du désir que les êtres humains ont de la contemplation.

Jocelyne Clémente nous donne quelques pistes sur ce qui se passe entre elle et la nature. Dans ces moments uniques de partage qu'on retrouve dans les tableaux, elle interprète la magnificence de la Terre et l’univers qui nous entoure.


Texte de Ricardo Fernandes pour le catalogue de l'exposition #Nature#Solitude au musée de la Vallée de la Creuse, Eguzon Chantôme.

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« La poésie des arbres n’est-elle pas aussi émouvante que celle des rochers ou des flots ? Les forêts conviennent à ombrager la méditation et les sentiments intimes. Dans la plupart des états de l’âme, un arbre est préférable à un torrent. Un prisonnier aimerait mieux devant sa fenêtre un petit peuplier agité par le vent qu’une noble montagne immobile ». 
Théodore Rousseau
  
Jocelyne Clémente vit et travaille à Saint Etienne et Paris. Si le thème du paysage tient une place importante dans son travail en peinture, l’arbre en devient un motif central.
 
Troncs imposants au cerne marqué et aux lignes droites ou parfois courbes, feuillages aux masses denses et équilibrées, les représentations sont multiples et la liberté des choix de la couleur, au delà d'évoquer avec lyrisme les moments de la journée ou de la saison, confère à ces sites une aura poétique et mystérieuse. Des décors que l'on pourrait retrouver dans les Contes. Des visions, des atmosphères presque hors du temps et hors du monde réel.
 
Le statisme des personnages ainsi que leur isolement, renforcent la sensation parfois dérangeante que nous sommes au coeur de paysages intimes et secrets. Paradoxalement et dans une volonté nette et frontale, ces espaces sont laissés ouverts sur l'extérieur et sur le vide, comme le suggèrent les nombreux hors-champs présents dans la composition et symbolisés par les arbres étêtés et les figures végétales aux cadrages coupés. Nous devinons alors qu'il y a d'autres scènes, d'autres éléments et histoires à découvrir ou à imaginer.
C'est peut-être d'ailleurs sur ces oppositions que repose cette impression d'étrange beauté ressentie : la présence et l'absence et l'ordre et le désordre mis sur le même plan.
 
Texte de Mélanie Olivier, pour l'exposition Eden's end, galerie Jacques Lévy, Paris. 

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Cette jeune artiste diplômée des Beaux-Arts de Saint-Etienne, où elle vit et travaille, boursière de la Casa Velasquez à Madrid en 1989, présente un ensemble d’œuvres sur le thème du paysage. C’est par la peinture et les possibilités plastiques qu’elle permet que Jocelyne Clémente interroge ce sujet éminemment classique.
C’est par lui aussi que la peinture, au XIXe siècle, s’est libérée des codes contraignants de l’atelier duquel l’artiste se détache en allant travailler sur le motif. Une immersion dans la lumière, qui modifie l’approche et la relation au modèle, change le geste, infléchit la palette et la touche. Jocelyne Clémente n’ignore rien de cette longue histoire et maîtrise un métier dont elle a acquis avec amour les règles. Elle peut se livrer en toute liberté, à ce face-à-face avec le paysage dont elle a exploré les secrets morphologiques et lumineux. Dans l’atelier, elle retranscrit un paysage imaginaire dont elle garde l’essence. Paysage mental auquel elle confère une plénitude visuelle, aussitôt troublée par une imperceptible douleur née de sa relation existentielle avec la nature. Sa palette en exprime les émotions à l’unisson des bleus, des verts grisés, des terres. La couleur est ici expression vitale d’une fertilité secrète. Largement brossé à l’huile sur du papier qu’elle maroufle ensuite, ce support travaille la lumière qui suggère une spatialité particulière, renforcée par le parti pris du cadrage. Il y a là des œuvres regroupées sur plusieurs années autour des plus récentes.
Des reprises d’un même motif, des variations montrant l’approche abstraite, immédiate, dans un geste presque automatique et puis le cheminement élaboré dans la matière, par touches lyriques, fusionnelles. Un regard contemporain et éternel sur le paysage.

Lydia Harambourg 
Texte paru dans la Gazette de Drouot, avril 2005 à l'occasion de l'exposition à la galerie Artenostrum, Dieulefit, France.



A graduate of the Fine Arts School of Saint-Etienne, the town where she lives and works, and a scholarship holder from the Casa Velasquez in Madrid in 1989, Jocelyne Clémente presents a collection of works on the theme of Landscape. The young artist explores this eminently classical theme through painting and the plastic art possibilities that it confers.

It was with landscapes that painting in the 19th century freed itself from the restrictive practices of the studio, with the artist venturing out to work on the motif. The artist’s touch and gesture is modified by this exposure to light, transforming the approach in relation to the model. Jocelyne Clémente is familiar with all the aspects of this long history, and has lovingly acquired the rules to master the form.

By exploring the morphological and luminous secrets of landscape, she can devote herself freely to this confrontation. She retraces in the studio the essence that she has retained of an imaginary landscape. A landscape in the mind’s eye conferred with a visual fullness, then clouded by an imperceptible suffering stemming from her existential relationship with nature.

These emotions are in harmony with the blues, the grey-tinted greens, and the earthy browns that flow from her palette. The colour is the vital expression of a secret fertility. The canvas is broadly brushed with oil, and then backed, working with light to suggest a particular spatiality, reinforced by the choice of framing. The collection groups together recent works with those from previous years.

The variations on the same theme illustrate an approach which is abstract and direct, with a gesture which is almost automatic, leading to a development of movement through merging and lyrical touches. A contemporary yet eternal view of landscape.


Lydia Harambourg
Published in the Gazette de Drouot, in April 2005 on the occasion of the exhibition at Artenostrum, Dieulefit, France.




Jocelyne Clémente, diplomiert von der Kunstakademie in St-Etienne, wo sie heute noch wohnt und arbeitet, 1989 Stipendium der Casa Velasquez in Madrid.
Diese junge Künstlerin präsentiert eine Zusammenstellung von Werken zum Thema Landschaft. Durch das Malen und dessen plastische Möglichkeiten setzt sich Jocelyne Clémente mit diesem höchst klassischen Gegenstand auseinander.
Auch durch ihn hat sich die Malerei im 19. Jahrhundert von den zu strengen Vorgaben des Ateliers befreit, von dem sich der Künstler löst, indem er über das Motiv arbeitet. Ein Eintauchen in das Licht, welches die Annäherung und die Beziehung zum Modell modifiziert, welches die Gebärden verändert und gleichzeitig Palette und Pinselstrich nuanciert. Jocelyne Clémente kennt sehr wohl diese lange Geschichte und beherrscht ein Handwerk, dessen Regeln sie mit Liebe erworben hat. Sie kann sich in völliger Freiheit mit der Landschaft auseinandersetzen, deren Geheimnisse der Morphologie und des Lichtes sie erforscht hat. Im Atelier gestaltet sie eine Fantasielandschaft, deren Wesen sie in sich trägt. Eine imaginäre Landschaft, der sie eine visuelle Fülle verleiht, die gleich durch einen kaum wahrnehmbaren Schmerz getrübt wird, welcher aus ihrer existentiellen Beziehung zur Natur entsteht. Ihre Palette drückt in Übereinstimmung mit den blauen, grau-grünen und Erdtönen diese Emotionen aus. Hier ist die Farbe ein lebensbejahender Ausdruck geheimnisvoller Fruchtbarkeit. Sie trägt diese mit einer breiten Bürste Öl auf Papier auf, das sie dann aufleimt. Dieser Untergrund ermöglicht Lichteffekte, die eine besondere Räumlichkeit suggerieren, welche durch die gewählte Perspektive noch verstärkt wird. Zusammengestellt sind dort Werke von den vergangenen Jahren bis zur heutigen Zeit.
Wiederaufnahme desselben Motivs, Variationen, die in einer fast automatischen Bewegung das abstrakte, unmittelbare Herangehen zeigen; so kommt durch lyrische und sich vereinende Pinselstriche der ausgearbeitete Weg in die Materie zum Ausdruck. Eine zeitgenössische und gleich bleibende Betrachtung der Landschaft.

Lydia Harambourg
Veröffentlicht in der Gazette de Drouot, im April 2005 anlässlich der Ausstellung in der Artenostrum, Dieulefit, Frankreich



 



Jocelyne Clémente, diplômée des Beaux-Arts de Saint-Etienne où elle vit, travaille inlassablement sur le thème du paysage. Le sujet est éminemment classique.
Proscrit tout au long du XXème siècle par les avant-garde, le paysage n’est plus alors le support, ni le lieu d’une réflexion sur le fait pictural. A partir des années 80, les photographes le réintroduisent, ils travaillent à leur tour «sur le motif » pourrait-on dire, dans une relation de sympathie à la nature. Ils font de terribles constats. Les montagnes sont éventrées, les déserts souillés, des mers ont disparu…
Jocelyne Clémente possède la rigueur du photographe. Elle adopte un parti pris de cadrage et capture ainsi la lumière au sein de la toile.
Pourtant, dépouillés –nulle présence humaine, aucuns signes contingents- ses paysages renouvellent les apparences. A la fois familiers par les objets représentés et extraordinaires par l’étrange lumière qui les baigne, ils captent des moments fugitifs, quasi intimes. Ils suggèrent un danger, disent l’inquiétude de l’artiste devant le monde. Elle a fait sienne l’esthétique de l’espace vacant des peintres du siècle d’or aux Pays-Bas mais ce qui fait image dans son travail ne témoigne pas d’une même situation.
Le paysage qui a son histoire en peinture nous renseigne sur notre rapport au monde. C’est un sujet nécessairement pertinent. Et on s’étonne qu’en l’absence d’une approche spectaculaire des éléments qui le compose, il faille tant de courage pour le traiter en peinture aujourd’hui. Jocelyne Clémente possède le talent qui lui permet d’avoir cette audace.

Catherine Plassart. Septembre 2006. 
Sur le site Art Point France



“The notion of landscape, the free movement of a roving eye, is that which best corresponds to the aim of the artist, whatever her theme or style" (Henri Cueco). And when you add Jocelyne Clémente’s skill and her knowledge of 19th century landscape painting, the confrontation reveals numerous secrets.
While Jocelyne Clémente walks, observes, details and takes photographs, she doesn’t paint outdoors. She paints in her studio, because painting is a ”cosa mentale”. The rigour that a mountain or a wave requires, the exactitude that demands a reflection in the water, result in a resemblance that surpasses the model. We are often struck by the changing moods of landscapes in nature; those of Jocelyne Clémente create an image that tells a story. They are also fleeting, for they move, light up, speak, and darken, depending on the tones, the colours and the values that the artist employs. She moves the light throughout the canvas, her landscapes rendering emotion in a flash. And they linger on in our thoughts filled with wonder, without us really knowing what to do with them.

Catherine Plassart 2005




Jocelyne Clémente hat in der Kunstakademie von St-Etienne studiert, wo sie heute noch lebt und immerzu über das Thema Landschaft arbeitet. Der Stoff ist höchst klassisch.
Im Laufe des ganzen 20. Jahrhunderts durch die Avant-Gardes verpönt, ist die Landschaft weder Grundlage, noch Ort einer Reflexion über das Malen. Ab den 80er Jahren wird sie durch die Fotografen wieder eingeführt. Jetzt sind sie es, die sozusagen in einer engen Beziehung zur Natur sich wieder mit dem Motiv beschäftigen. Sie stellen Furchtbares fest. Die Berge sind aufgerissen, die Wüsten verschmutzt, Meere sind verschwunden…
Jocelyne Clémente arbeitet mit der Genauigkeit eines Fotografen. Sie entscheidet sich für eine besondere räumliche Perspektive und dadurch fängt sie in der Tiefe der Leinwand das Licht auf.
Ihre Landschaften –kahl, menschenleer, ohne jedes Zuviel –erneuern trotzdem den Blick auf das Äußere. Aufgrund der dargestellten Gegenstände uns vertraut, gleichzeitig aber durch das seltsame Licht, das sie umflutet, außergewöhnlich, fangen sie vergängliche, beinahe intime Momente auf. Sie suggerieren eine Gefahr, drücken die Unruhe der Künstlerin gegenüber der Welt aus. Sie hat sich die Ästhetik des leeren Raumes der niederländischen Maler des goldenen Zeitalters zu Eigen gemacht, aber was in ihrer Arbeit als Bild erscheint, weist nicht auf die gleiche Situation hin.
Die Landschaft, die in der Malerei ihre eigene Geschichte hat, gibt uns Auskunft über unsere Beziehung zur Welt. Das ist ein notwendig treffendes Thema. Und man wundert sich, dass in Abwesenheit einer spektakulären Annäherung an die Elemente, aus denen die Landschaft zusammengesetzt wird, man so viel Mut braucht, um heutzutage ein solches Thema in der Malerei zu behandeln. Jocelyne Clémente besitzt das Talent, das ihr erlaubt, dieses zu wagen.

Catherine Plassart im September 2006
Erschienen auf der Internetseite Art Point France